Rupture du ligament scapholunaire : diagnostiquer et traiter
La rupture du ligament scapholunaire est une lésion fréquente mais souvent méconnue du poignet. Ce ligament relie deux os essentiels du carpe — le scaphoïde et le lunatum (semi-lunaire) — et assure la stabilité entre eux.
Lorsqu’il se rompt, l’équilibre du poignet est perturbé, entraînant douleur, faiblesse et parfois des complications dégénératives si la lésion n’est pas traitée à temps.
De nombreux patients s’interrogent sur les causes, les symptômes et la prise en charge de la
rupture ligament scapholunaire.
Anatomie et rôle du ligament scapholunaire
Le
ligament scapholunaire relie deux des huit petits os du carpe, situés au centre du poignet.
Il agit comme une charnière stabilisatrice, maintenant l’alignement entre le scaphoïde (du côté du pouce) et le lunatum (au centre). Cette structure ligamentaire est soumise à de fortes contraintes lors des mouvements de flexion, d’extension et de rotation.
Une
rupture ligament scapholunaire perturbe cet équilibre, entraînant un désalignement entre les os du carpe et, à terme, une instabilité mécanique. Ce déséquilibre provoque une usure prématurée du cartilage, responsable d’une arthrose secondaire appelée SLAC wrist (Scapho-Lunate Advanced Collapse). Un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée sont donc essentiels pour préserver la fonction du poignet.
Les causes de la rupture
La rupture ligament scapho lunaire survient le plus souvent après un traumatisme violent du poignet, typiquement une chute sur la main en extension. L’étirement brutal du ligament provoque sa déchirure partielle ou complète. Les causes les plus fréquentes sont :
- Accidents sportifs (ski, vélo, football, gymnastique, sports de combat).
- Accidents domestiques ou chutes de hauteur.
- Traumatismes professionnels : manipulation d’objets lourds, travail répétitif.
Dans certains cas, la lésion est progressive, liée à des microtraumatismes répétés, et se manifeste par des douleurs chroniques sans épisode traumatique précis.
Une
rupture ligament scapho lunaire négligée peut évoluer silencieusement pendant plusieurs mois avant d’entraîner une véritable instabilité du carpe.
Les symptômes
évocateurs
Les symptômes varient selon l’ancienneté et la gravité de la lésion. Les signes les plus typiques sont :
Douleur au dos du poignet
surtout du côté du pouce.
Perte de force
à la préhension ou à l’appui.
Sensation de blocage
ou de craquement à certains mouvements.
Gonflement ou tuméfaction
localisée après le traumatisme.
Raideur et gêne
fonctionnelle persistante, dans les formes chroniques.
Parfois, la douleur initiale diminue après quelques jours, mais revient progressivement lors des efforts. Cette évolution insidieuse explique que la
rupture ligament scapho lunaire soit souvent diagnostiquée tardivement, une fois l’instabilité installée.
Diagnostic médical
Le diagnostic repose sur un examen clinique approfondi complété par des examens d’imagerie.
Examen clinique : Le chirurgien de la main palpe la zone douloureuse entre le scaphoïde et le lunatum. Le test de Watson (ou test de déviation radiale forcée) est souvent utilisé : il reproduit la douleur et parfois un ressaut caractéristique.
Imagerie :
- Radiographies standards : elles peuvent montrer un écartement anormal entre le scaphoïde et le lunatum (> 3 mm), appelé « signe de Terry Thomas ».
- Radiographies dynamiques : utiles pour visualiser l’instabilité.
- IRM : permet de visualiser la lésion ligamentaire et les tissus mous.
- Arthro-IRM ou arthroscopie : examens de référence pour confirmer une rupture ligament scapho lunaire et évaluer sa sévérité.
Un diagnostic précis est indispensable pour choisir la meilleure option thérapeutique selon que la rupture soit aiguë, subaiguë ou chronique.
Traitement médical
Dans les formes récentes et peu étendues, un traitement conservateur peut être tenté.
- Repos et immobilisation : une attelle de poignet ou un plâtre brachio-antébrachio-palmaire est posé pour immobiliser l’articulation pendant 4 à 6 semaines. Cela permet une cicatrisation partielle du ligament et une diminution de la douleur.
- Rééducation : après la période d’immobilisation, une kinésithérapie douce aide à restaurer la mobilité et à renforcer les muscles stabilisateurs du poignet. Cette approche peut suffire pour les lésions partielles, mais dans les ruptures complètes, le risque de récidive reste important.
En cas d’instabilité persistante, une
rupture ligament scapho lunaire nécessite souvent un traitement chirurgical pour éviter l’arthrose secondaire.
Traitement chirurgical
Le traitement chirurgical dépend du stade de la lésion et du délai depuis le traumatisme.
Réparation ligamentaire directe
ndiquée dans les formes aiguës (moins de 4 à 6 semaines). Le chirurgien suture le ligament rompu et le renforce avec des fils ou des ancres de fixation. Des broches temporaires sont parfois posées pour stabiliser les os pendant la cicatrisation. Ce traitement donne d’excellents résultats si la rupture ligament scapho lunaire est prise en charge rapidement.
Reconstruction ligamentaire
Dans les formes chroniques, le ligament est souvent trop endommagé pour être suturé. On utilise alors un transfert tendineux (souvent le tendon du fléchisseur radial du carpe) pour recréer la stabilité entre le scaphoïde et le lunatum. Ce geste chirurgical restaure l’axe du carpe et limite l’évolution arthrosique.
Arthroscopie du poignet
L’arthroscopie permet d’explorer l’articulation et de réparer certaines lésions limitées par voie mini-invasive. Cette technique est moins douloureuse et offre une récupération plus rapide.
Gestes palliatifs
En cas d’arthrose installée, d’autres interventions peuvent être envisagées :
- Arthrodèse partielle du carpe pour stabiliser le poignet.
- Prothèse partielle dans certains cas sélectionnés.
Ces solutions visent à soulager la douleur lorsque la
rupture ligament scapho lunaire est ancienne et irréversible.
Suites opératoires et récupération
Après l’intervention, le poignet est immobilisé pendant 4 à 6 semaines, puis une rééducation progressive est entreprise.
La rééducation vise à :
- Restaurer la mobilité articulaire,
- Préserver la souplesse du poignet,
- Renforcer la musculature stabilisatrice.
La reprise des activités quotidiennes se fait en général à 2 mois, et celle du sport vers 3 à 4 mois. La récupération complète dépend du type de geste effectué et de l’ancienneté de la lésion. Un suivi radiologique régulier est essentiel pour surveiller la consolidation et prévenir les complications.
Pronostic et évolution
Le pronostic est d’autant meilleur que la rupture ligament scapho lunaire est diagnostiquée précocement. Dans les formes aiguës, la réparation directe permet une récupération quasi complète. Dans les formes chroniques, le traitement vise à limiter la douleur et à préserver la fonction, mais la mobilité peut rester réduite.
Pour prévenir cette lésion, il est recommandé :
- D’éviter les chutes sur la main en extension.
- De renforcer la musculature de l’avant-bras.
- De consulter rapidement après tout traumatisme du poignet douloureux.
Une détection précoce et une prise en charge adaptée garantissent les meilleurs résultats à long terme.
En conclusion
La
rupture du ligament scapholunaire est une cause fréquente de douleur et d’instabilité du poignet. Souvent sous-estimée, elle peut entraîner une arthrose si elle n’est pas traitée rapidement. Repos, immobilisation, chirurgie et rééducation progressive permettent d’obtenir d’excellents résultats.
Grâce aux techniques modernes, les chirurgiens savent aujourd’hui stabiliser efficacement une rupture ligament scapho lunaire, assurant au patient une reprise rapide de ses activités et une main pleinement fonctionnelle.

